Gimel les Cascades - En corrèze
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Légendes

L’effet théâtral et saisissant du site des cascades de Gimel fut propice, de tout temps à susciter des légendes.
Gimel est peuplé de sylphes, de korrigans et de loups garous qui hurlent au sommet de Braguse.
Une Dame Blanche passe par dessus les cascades certains soirs, pour revivre ses amours dans le château haut (voir la légende de Châteaubrun). On la voit franchir la porte ogivale, puis on entend les accords et les chants de Bernard de VENTADOUR ou de Guilhem del BIARS.
Parfois, quand l’hiver approche, surgit à grand bruit la chevauchée du roi ARTHUR, partant pour la chasse avec sa horde de cavaliers géants de lévriers et de pages qui disparaissent soudainement et avec fracas dans l’Inferno (gouffre situé en aval de la 3ème chute).

La légende la plus vivace demeure celle qui s’attache à la vie de St DUMINE, l’ermite local, objet de dévotions jusqu’à nos jours :

Dumine vivait au temps de notre roi Clovis. Il était de famille riche mais encore idolâtre ; son père en fit un soldat. Le soldat entendit la doctrine du Christ et lui donna son cœur. Quand son père fut mort, il revint sous le toit qui l’avait vu naître, pour y protéger la vieillesse isolée de sa mère. Il était à lui donner ses soins, quand tout à coup des luttes éclatèrent, qui l’obligèrent à reprendre les armes : ses coréligionnaires lui demandaient secours contre les païens, ses compatriotes contre les Wisigoths. A la faveur des dissensions qui travaillaient la maison de Clovis, ces barbares s’efforçaient en effet de reprendre par lambeaux le terrain que le grand roi leur avait enlevé. Dumine fortifia sa résidence, y mit des combattants, leur confia sa mère, et courut chercher l’ennemi. Ses coups furent heureux ; mais un traître livra aux Wisigoths ce qu’il avait au monde de plus cher. Dumine apprit un jour que sa mère était au pouvoir des barbares, et que, s’il voulait l’arracher à sa mort, il devait envoyer, chargée d’or et d’argent, la meilleure de ses montures, d’autres ajoutent même dix de ses chevaux. Le guerrier frémit et réfléchit trois jours. Au bout de ce temps, il marche sur l’ennemi, le culbute et trouve dans son camp le cadavre de sa pauvre mère, dont les mamelles avaient été coupées !...
Y avait-il de sa faute ? Etait-il innocent ? Toujours est-il que l’épée de cet homme se brisa dans sa main. Il prit un cilice et s’en alla vers Rome. Rome visitée, il courut à Jérusalem. Ce fut là qu’il se sentit inspiré d’embrasser la vie érémitique. Sur le conseil du patriarche, il alla prendre l’avis d’un solitaire retiré au désert de Sinaï, rentra dans la Ville sainte, y reçut de précieuses reliques, revint à Rome demander l’absolution du Souverain Pontife, puis gagna les montagnes qui dominent au nord le cours de la Gimelle. On montre encore la cime où il avait bâti son petit oratoire et sa cabane de branchages.

Un jour, il s’y reposait, assis sur une pierre, quand sa frêle construction vint à crouler et descendit dans le ravin. Le Saint crut à quelque conseil de la divine Providence et se mit à prier. Tout à coup lui apparaît une colombe, qui vient se poser doucement sur les derniers débris, prend en son bec une reste de branchage et court le porter sur le roc de Braguse. Le saint s’y rend aussitôt, reconstruit son oratoire, en l’honneur de la Vierge et du premier martyr (c’étaient les patrons que lui avaient recommandés l’ermite du Sina), y met ses reliques et se fixe à jamais en ce lieu. Un pâtre de la montagne lui apportait tous les jours une part de son pain. On fait voir encore dans les flancs à pic d’une roche l’étroite caverne qu’il aurait habitée et qui rappelle celle de Saint-Calmine, sur le même cours d’eau, une ou deux lieues plus bas.

L’oratoire qu’il avait bâti, où il avait prié et qui couvrit sa tombe, devint une église paroissiale, rebâtie dans le XIIème siècle. Dans l’une des deux absidioles où étaient exposées les reliques de Saint-Dumine, les femmes n’y avaient point accès. Voici pourquoi. Le pâtre, dont nous avons parlé plus haut, qui partageait si charitablement son pain avec l’ermite de Braguse, avait fini, dans ses courses journalières, par éveiller les soupçons de sa femme, moins bien disposée que lui à l’endroit des serviteurs de Dieu. Un jour, elle le suivit pas à pas, le surprit en flagrant délit d’aumône, et, sans souffler mot, rentra au logis, n’attendant plus pour parler que l’heure favorable. « Au retour de son mary, elle lui dit des injures et lui reprocha qu’il lui ostoit et à ses enfants le pain de la bouche pour le donner à un hypocrite d’hermite, qui feroit mieux d’aller gagner sa vie que d’estre là fainéant. Le bon paisan ne répondit rien à sa femme, ains alla raconter au saint la querelle que sa femme lui avait fait. Il luy dit, non par vengeance mais par esprit prophétique, qu’en punition de cela il ne voulait pas que jamais aucune femme se présentât devant son corps ; et on croit que c’est pour ce sujet que les femmes n’entrent point dans la chapelle où sont ses reliques ». (Bonaventure de Saint-Amable, Annales du Limousin).

Les femmes jouent de malheur dans les traditions de Braguse. L’une des cloches de cette église, dit la légende, aurait roulé dans le gouffre qui en porte le nom. On avait réussi, non sans beaucoup de peine, à l’en retirer, et l’on était à l’œuvre pour la hisser jusqu’au sentier qui conduit à l’église, quand plusieurs femmes, qui avaient pris la corde en main comme aux temps héroïques, se mirent à rire et compromirent tout. La cloche roula derechef dans l’abîme, et cette fois, ce fut à tout jamais.